Le discours d’un roi

Temps de lecture : quatre minutes trente pour refaire l’histoire.

Ce matin du 15 avril 1791, Louis XVI apparut à la tribune, plus sûr de lui et plus charismatique que jamais. Il commença son allocution dans un brouhaha et très vite le silence arriva. Ce jour-là, nous savions que l’enjeu était de taille. Jamais un roi n’avait parlé au peuple comme il s’apprêtait à le faire. Telle une petite souris, je l’écoutais admirative derrière la porte, comme nous en avions convenu.

Dans ce discours, mon mari leur démontra que la révolution avait obtenu énormément de choses ces dernières années et qu’à en vouloir toujours plus, ils allaient déstabiliser le pays. « Laissez le temps au temps », disait-il. L’entêtement sur la réforme du christianisme venait de réveiller les foudres du Vatican. Cette constitution du clergé divisait l’église en deux ordres, l’un constitutionnel, l’autre réfractaire. Il leur rappela que le clergé favorisait la cohésion sociale sur le territoire en s’occupant des plus démunis et en éduquant nos enfants. La population les aimait pour cela. Cette scission alimentait la contre-révolution. De plus, les monarchies européennes qui entouraient la France sentant le désordre convoitaient le royaume. Il termina en disant : « Deux ans après la révolution, le peuple est toujours affamé, si nous n’arrivons pas à trouver un modus vivendi, la Révolution française va s’éteindre dans un bain de sang. La Déclaration des droits de l’homme n’est rien si l’on ne dispose pas du droit essentiel qui est de manger à sa faim. Et mon engagement pour la population française est de la sortir de la famine. L’heure n’est plus aux réformes, mais à l’action. » C’est sur ces mots que Louis quitta la tribune, acclamé par le perchoir puis par les élus, qui louèrent sa sagesse. Pour la première fois de sa vie, je crois qu’il se sentait à sa place, lui qui avait accédé au trône par défaut.

Ce que les députés ne savaient pas c’est que, ce discours, le roi le prépara avec Mirabeau. C’est Louis qui avait insisté pour prendre conseil auprès de ce sulfureux comte révolutionnaire, rebelle et débauché qui pratiquait le double jeu comme personne. C’est pourtant lui qui nous aida à sauver la monarchie française.
— Je crois que vous êtes prêt. Mon dernier conseil, parlez avec votre cœur. Le peuple doit sentir que vous êtes de son côté. La révolution est dans l’impasse, offrez-lui l’aide d’un père. Les députés doivent sentir que vous n’êtes pas sous leur joug, que vous voyez plus loin qu’eux. Diagnostiquez le mal et agitez la solution.
— Je ne louerai jamais assez votre dévouement. Je crois que ce soir j’ai beaucoup appris sur la politique. Je dois vous paraître sot, je viens de réaliser ma naïveté. Nous vivons une période formidable Mirabeau. Je vais travailler à un monde plus juste. Pour la première fois de ma vie, j’ai l’impression de marquer de mon influence ce règne, car je sais que mon frère aurait réprimé cette révolution dans le sang.

C’est avec ce discours sur « la constitution civile du clergé » que les révolutionnaires furent rassurés sur les intentions du roi. Un complot girondin contre Robespierre aida grandement la révolution à s’apaiser et permit une politique moins extrémiste. Les députés retravaillèrent « la constitution du clergé » avec un émissaire du Vatican. Et mon frère, l’empereur Léopold II, calma les velléités guerrières des monarchies européennes.

Cette paix retrouvée permit à mon mari, passionné par les sciences et les techniques, de convoquer toutes les sommités françaises et européennes pour créer les assises de l’agriculture. Ils comparèrent les différentes techniques agraires des différents pays pour rendre la terre de France plus fertile. L’hiver qui suivit fut particulièrement rigoureux détruisant une bonne partie des récoltes. Nous ouvrîmes le grenier du royaume pour que les Français ne meurent pas de faim. Notre cote d’amour grimpa en flèche. Il lui fallut cinq années d’un labeur acharné pour arriver à voir les premiers bénéfices de ces assises. Les terres furent massivement données aux paysans. On leur apprit à engraisser leurs terres, à fabriquer de petites serres pour les protéger de la famine, à fabriquer leur semence pour les années suivantes. Même les terres réputées stériles furent travaillées. Les années passant, beaucoup de pays nous enviaient notre système agraire qui créa des années de prospérités.

Un bonheur n’arrivant jamais seul, en 1793, je donnais un nouveau fils au roi. On le prénomma Henri, en mémoire de ce roi adoré des Français. Il fut accueilli par le peuple comme un espoir, celui d’une vie meilleure. Ces deux années terribles de révolution avaient resserré nos liens familiaux, et peut-être à travers eux ceux du pays avec notre famille royale. Nous formions à présent une famille unie et soudée. Je sus tirer les enseignements de ces heures sombres. La révolution m’a fait rentrer dans la réalité de la vie et le meilleur de moi-même en est ressorti.

En 1800, la perte du dauphin Louis-Charles, mort des suites d’une tuberculose à l’âge de 15 ans, nous replongea dans une grande tristesse. Le destin se rejouait et allait faire du cadet, un roi de France. Henri devint le centre de toute notre attention, car c’est sur sa tête qu’allait peser la responsabilité de la couronne. Nous nous devions de le préparer à cette lourde tâche. Louis était particulièrement concerné par cette transmission, lui qui accéda au trône à 20 ans sans trop savoir ce qu’on attendait de lui.

En 1819, alors qu’il entamait sa dernière année de règne, nous avions eu une grande discussion sur les heures sombres de la révolution. Nous avions convenu qu’une des meilleures décisions de notre vie avait été de refuser la fuite vers l’Autriche. Louis s’éteignit paisiblement en cette fin d’année, laissant le meilleur de lui-même à son peuple : son fils Henri V. Il fut le roi de France le plus pleuré par ses sujets. Comme quoi un bon discours fait avec le cœur peut tout changer. Je reste persuadée que Louis a sauvé nos têtes ce jour-là.

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